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Bizet Carmen 20 novembre 2026 Opéra mis en espace
Direction musicale Marc Leroy-Calatayud
Mise en espace Vanessa d'Ayral de Sérignac

Bizet Carmen

Opéra mis en espace
vendredi 20 novembre 2026 - 19 h 30 (Soirée de gala)
Grimaldi Forum

Opéra en quatre actes 
Musique de Georges Bizet (1838-1875) 
Livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy tiré de la nouvelle de Prosper Mérimée 
Création : Paris, Opéra-Comique, salle Favart, 3 mars 1875 

Il est aujourd’hui difficile d’imaginer que Carmen ait pu connaître l’échec lors de sa création à l’Opéra-Comique en 1875. Sans doute son audace en futelle la cause : l’histoire d’un amour impossible entre Don José, soldat droit mais d’une touchante naïveté, et Carmen, bohémienne farouchement libre, dont la franchise brûlante et le refus des conventions sociales forcent l’admiration jusqu’au sacrifice ultime. 

La partition de Georges Bizet, d’une richesse saisissante, déploie une profusion de pages inspirées du chant et des danses issus du folklore espagnol, rompant ainsi avec les airs et couplets traditionnels que le public de l’époque attendait. 
On pardonnera pourtant ces réticences initiales : dans la décennie suivante, Carmen fut reprise à Paris plus d’une centaine de fois et n’a plus jamais quitté les scènes du monde. 

Son sujet résonne pleinement avec les grandes lignes de notre saison. De plus, Carmen partage ses librettistes, Henri Meilhac et Ludovic Halévy, avec La Vie parisienne d’Offenbach, que nous aurons le plaisir de vous présenter quelques semaines plus tard. 

Nous avons réuni une distribution d’exception, principalement francophone, portée par Marina Viotti qui fait ses débuts à Monte-Carlo et Benjamin Bernheim qui incarne Don José pour la première fois.

Artistes
Direction musicale | Marc Leroy-Calatayud
Mise en espace | Vanessa d'Ayral de Serignac
Chef de Chœur | Stefano Visconti
Don José | Benjamin Bernheim
Escamillo | Erwin Schrott
Zuniga | Andrew Moore
Moralès | Anas Séguin
Carmen | Marina Viotti
Micaëla | Sandra Hamaoui
Frasquita | Marie Lombard
Mercédès | Axelle Saint-Cirel
Le Dancaïre | Pierre Doyen
Le Remendado | Loïc Felix
CHŒUR DE L’OPÉRA DE MONTE-CARLO
CHŒUR D'ENFANTS DE L'ACADÉMIE DE MUSIQUE RAINIER III
ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE MONTE-CARLO
Argument

Acte I

Sur la place sévillane qui borde la manufacture des tabacs, les soldats trompent leur ennui en observant la foule. Parmi eux se tient don José, brigadier d’un naturel réservé, Basque d’origine, et dont la conduite irréprochable lui promet une carrière honnête. Rien, jusqu’alors, n’a jamais troublé l’ordre simple de son existence. Lorsque les ouvrières quittent la manufacture, une jeune bohémienne attire tous les regards : c’est Carmen. Libre et fantasque comme le vent, insaisissable comme la fumée d’une cigarette, elle avance dans la vie sans jamais reconnaître d’autre maître que son caprice. Les hommes sont subjugués comme le papillon par la flamme. Elle les raille, les provoque, puis chante que l’amour n’obéit à aucune loi, qu’il vient sans prévenir, disparaît sans crier gare. Son regard finit par s’arrêter sur don José, le seul à demeurer indifférent. Cette résistance l’amuse. Avant de disparaître, elle lui jette une fleur, défi silencieux auquel il feint de ne pas répondre, mais qui trouble déjà son cœur simple. Arrive Micaëla, qui vient de la part de la mère de don José ; elle lui remet une lettre qui l’enjoint d’épouser la porteuse de ladite lettre, car « il n'y en a pas de plus sage et de plus gentille ». Micaëla s‘en va, Don José relit la lettre et se félicite de revenir à la raison après avoir failli succomber à Carmen. Mais bientôt un tumulte éclate dans la manufacture. Carmen s’est battue avec une ouvrière qu’elle a grièvement blessée. Arrêtée, elle est confiée à la garde de don José. Pendant qu’il la conduit en prison, elle use tour à tour de flatterie, de séduction et de promesses : l’homme de devoir ne tarde pas à succomber. Il desserre ses liens, elle s’enfuit. Lui reste seul pour répondre de cette faute, tandis que la bohémienne disparaît en riant.

Acte II

Quelques semaines ont passé. Don José a payé de sa liberté cette première faiblesse. À peine sorti de prison, il retrouve Carmen dans la taverne de Lillas Pastia où se mêlent soldats, contrebandiers et danseuses. Elle chante, danse et accueille les officiers avec une légèreté qui blesse l’amour naissant du jeune brigadier. Parmi les visiteurs paraît Escamillo, célèbre toréador, homme de gloire et d’audace, que la foule acclame partout où il passe. Il remarque aussitôt Carmen, dont la beauté semble digne de ses triomphes. Mais la bohémienne demeure distraite ; elle attend un autre homme. Lorsque les convives se retirent, don José rejoint enfin celle pour qui il a déjà sacrifié son honneur. Elle exige une preuve plus éclatante encore : déserter de l’armée et partager désormais l’existence aventureuse des contrebandiers. Don José hésite, car il cultive encore la discipline autant qu’il aime déjà cette femme. Le destin précipite sa décision. Son supérieur paraît à l’improviste, une querelle éclate, et pour défendre Carmen, don José tire son épée contre son propre officier. Dès cet instant, tout retour devient impossible. Rejeté par les siens, il suit la bohémienne vers les montagnes, où commence une vie errante mais aussi une servitude plus rude encore que celle qu’il croyait quitter.

Acte III

Dans les défilés montagneux sauvages où les contrebandiers cachent leurs marchandises, les premiers enchantements ont disparu. Don José, consumé par une jalousie toujours croissante, découvre que l’amour de Carmen ne ressemble point au sien. Là où il cherche la fidélité, elle ne reconnaît que le droit de changer selon son désir. Autour d’un jeu de cartes, les femmes interrogent le destin. Pour les unes, les cartes promettent la richesse ou le bonheur ; pour Carmen, elles annoncent inlassablement la mort. Elle accueille cette prédiction avec une résignation presque farouche, comme si l’on ne pouvait échapper à la route qu’a tracé le sort. Escamillo arrive dans le repère des contrebandiers afin d’y retrouver Carmen. Les deux hommes se mesurent aussitôt, et bientôt leur rivalité dégénère en duel. L’intervention des contrebandiers empêche le sang de couler, mais la haine est désormais irrévocable. Survient alors Micaëla, la jeune fille du village natal de don José rencontrée au premier acte. Venue au péril de sa vie, elle lui apprend que sa mère se meurt et réclame sa présence. Déchiré entre son devoir filial et sa passion destructrice, don José consent enfin à partir, après avoir juré à Carmen qu’il reviendra. Celle-ci le regarde s’éloigner sans regret apparent ; déjà son esprit semble suivre un autre destin.

Acte IV

Séville célèbre la corrida dans un éclat de musique, de couleurs et d’acclamations. Sur la place principale de la ville, Escamillo entre en triomphateur. À son bras marche Carmen, désormais sa compagne. Tous deux avancent avec l’assurance de ceux qui croient tenir le bonheur. Cependant, dans l’ombre de la foule, don José attend ; il n’est plus le soldat discipliné des premiers jours, mais un homme consumé par l’obsession. Il supplie Carmen de revenir auprès de lui, de recommencer leur vie loin de cette ville et de cet amant. Il implore autant qu’il menace, la bohémienne demeure fidèle à elle-même : elle refuse de céder à la peur comme au repentir. Elle déclare qu’elle a aimé don José, mais qu’elle ne l’aime plus, et qu’aucune force au monde ne lui fera renoncer à sa liberté. En signe de rupture définitive, elle jette à ses pieds l’anneau qu’il lui avait offert. Fou de désespoir, don José la frappe mortellement. Tandis que les clameurs de l’arène saluent la victoire d’Escamillo, Carmen expire hors des murs, libre jusqu’à son dernier souffle. Don José, accablé par son propre crime, se livre sans résistance.

Le saviez-vous ?

Cinq anecdotes à découvrir avant le lever de rideau

 

1

Dans la nouvelle de Prosper Mérimée qui a inspiré Bizet et ses deux librettistes Meilhac et Halévy, Don José s’appelle en réalité Don José Lizarrabengoa, un Basque donc ; et au cours de la narration on apprend qu’il a tué le mari de Carmen, un certain Garcia ; ainsi qu’un officier au bras duquel il a surpris Carmen. Et le célèbre toréador Escamillo de l’opéra n’est chez Mérimée qu’un modeste picador du nom de Lucas. Quant à Micaëla, elle a été inventée pour les besoins de l’opéra, sans doute afin de fournir au public parisien un brin bourgeois l’image d’au moins une figure féminine respectable ; puisque toutes les autres sont des voleuses, des gitanes, et au mieux de vulgaires cigarières…

2

Depuis 1996, en trente ans donc, on estime à quelque 24.000 le nombre de représentations de Carmen, pour un total d’environ 6.600 productions différentes, par toutes les compagnies lyriques majeures de la planète. Bon an mal an, cela correspond à 800 représentations annuelles, soit plus de 200 mises en scène différentes. Il faut dire que c’est l’un des trois ouvrages les plus joués au monde, avec La Flûte enchantée et La traviata. Tchaikovsky ne s’y était pas trompé en écrivant à une amie dès 1880 qu’il était « persuadé que d’ici une dizaine d’années, Carmen sera l’opéra le plus populaire du monde. »

3

Initialement, Carmen était entrecoupée de dialogues parlés, dans le pur style d’un opéra comique. Peu après la disparition du compositeur, trois mois donc après la création de l’ouvrage en mars 1875 à l’Opéra-Comique de Paris, son fidèle ami Ernest Guiraud, compositeur et professeur de musique, décida de remplacer les dialogues par des récitatifs accompagnés à l’orchestre afin de verser l’ouvrage dans le domaine du grand opéra traditionnel. Ce n’est pourtant qu’en 1959 que Carmen fera son entrée définitive au répertoire de l’Opéra Garnier de Paris – hormis une unique soirée de gala en 1907 –, alors qu’on l’avait entendu à Vienne et Berlin (avec les récitatifs de Guiraud dès la fin 1875), Londres, New York, Tokyo, Naples, Rio, bref : partout dans le monde, dans les quelques années suivant sa création.

4

À l’occasion de la millième représentation parisienne de Carmen en 1904, le compositeur français Gustave Charpentier écrivait dans Le Figaro : « En présence du triomphe universel de Carmen, qui soupçonnerait l’espèce d’échec que ce chef-d’œuvre eut d’abord à subir ? Le soir de la première représentation la salle se montra de glace ; les plus belles scènes ne parvinrent pas à l’échauffer – et le lendemain, de la part des critiques, ce ne fut qu’un chœur pour crier haro ! Carmen dut faire un effet bien étrange ; c’était un drame gonflé de vie, impétueux, comme une formidable éruption de lave. Comment ne se serait-on pas écrié à la vulgarité et à l’inspiration grossière. Dans le futur théâtre du peuple, il faudra des tragédies de pure ligne, grouillantes de vie, et se déroulant sans aucun miracle entre des personnages vrais ».

5

Plusieurs films ont été tirés de cet opéra. Citons entre autres une farce (muette ! on est en 1915) signée Chaplin, dans laquelle le célèbre vagabond échange sa canne et son chapeau melon créés en 1914 contre le costume de don José ; il ne tue pas vraiment Carmen à la fin, qu’on se rassure. Sans oublier un autre film de 1945 avec Jean Marais en don José et… Bernard Blier comme Remendado ! Dans un registre plus afro-américain, Otto Preminger avait transposé l’action dans le sud états-unien, abordant un registre plus jazzy même si la partition reste résolument celle de Bizet. Marilyn Horne prêtait sa voix à la comédienne Dorothy Dandridge, Harry Belafonte campait Joe – don José – et tous les comédiens étaient noirs. Le toréador, quant à lui, devient un boxeur poids-lourd.