Verdi Rigoletto
mardi 23 février 2027 - 20 h (Soirée de Gala)
jeudi 25 février 2027 - 20 h
dimanche 28 février 2027 - 15 h
Melodramma en trois actes
Musique de Giuseppe Verdi (1813-1901)
Livret de Francesco Maria Piave, d’après la pièce de Victor Hugo Le Roi s’amuse
Création : Venise, Teatro La Fenice, 11 mars 1851
Production Théâtre Lyrique de Cagliari
Une histoire d’amour naissante est vouée à l’échec dès son origine lorsqu’une jeune fille innocente aspire à une relation romantique fantasmée, tandis que le jeune homme qu’elle aime n’est qu’un séducteur notoire, en quête d’une aventure sans lendemain avec une vierge. À cela s’ajoute l’incompatibilité de leurs positions sociales : Gilda est la fille de Rigoletto, le bouffon bossu de la cour, tandis que son prétendant n’est autre que le Duc de Mantoue, le maître de Rigoletto.
Rigoletto lui-même apparaît d’abord comme un personnage odieux, acerbe et vindicatif. Mais toute la force de cet opéra réside dans la manière dont Giuseppe Verdi parvient à nous faire éprouver une profonde compassion pour cet homme misérable, grâce à une musique d’une intensité émotionnelle telle qu’elle conquit le public dès la première représentation en 1851.
Rigoletto est une œuvre sombre, dense, traversée de suspense et de drame, éclairée par de rares moments de lumière portés par Gilda, dont la jeune et pure vie est tragiquement fauchée trop tôt. Le rythme et la diversité des différents climats et styles sont parfaitement maîtrisés : airs incontournables comme « La donna è mobile », ensembles d’une grande sophistication tels que le célèbre quatuor du troisième acte, notamment admiré par Victor Hugo, pages orchestrales naturalistes comme la tempête déchaînée, ou encore des leitmotivs marquants tels que la terrible malédiction de Monterone. Tout concourt à faire de Rigoletto l’un des opéras les plus populaires de tous les temps.
ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE MONTE-CARLO
Dans une ruelle sombre de Mantoue, non loin du palais du Duc, trois silhouettes se retrouvent à la nuit tombée : Rigoletto, le bouffon, Gilda, sa fille, et le Duc de Mantoue.
Le Duc (souriant) : Ah, Rigoletto ! Toujours en train de comploter dans l’ombre ? Qui attends-tu cette fois ? Un ennemi ? Un ami ? Ou une nouvelle victime ?
Rigoletto (amer) : Les bouffons n’ont ni amis ni ennemis, Monseigneur. Ils ont des maîtres… et parfois des regrets.
Gilda (doucement) : Père, vous parlez encore comme si le monde entier vous avait fait du mal.
Rigoletto : Parce que c’est le cas ! À la cour, tout n’est que mensonge, séduction, trahison. (Il lance un regard au Duc.) Certains plus que d’autres en ont fait un art.
Le Duc : Allons, allons… séduire n’est pas un crime. C’est même un talent. Et puis, l’amour est un jeu charmant.
Gilda : Un jeu ? Pour vous peut-être… Pour d’autres, c’est toute une vie.
Rigoletto : Voilà bien le problème : certains jouent, d’autres perdent.
Le Duc (léger) : Vous êtes bien sombre pour quelqu’un qui travaille dans le divertissement.
Rigoletto : Le bouffon fait rire… mais il voit tout. Il voit les pères qui tremblent pour leurs filles. Il voit les jeunes filles qui croient aux serments. Il voit les hommes puissants qui prennent ce qu’ils veulent et s’en vont.
Gilda (regardant le Duc) : Pourtant… quand on aime, on croit que cet amour est différent. Unique.
Le Duc : Ma chère enfant, tous les amours sont uniques… sur le moment.
Rigoletto : Et c’est ainsi que naissent les tragédies.
(Un silence.)
Gilda : Père… pourquoi m’avoir cachée du monde pendant toutes ces années ?
Rigoletto : Parce que je connais les hommes. Parce que je connais cet homme. Parce que ton innocence est une proie dans ce monde.
Le Duc (feignant l’indignation) : Me voilà transformé en monstre !
Rigoletto : Non. Pire. En homme charmant.
Gilda : Mais si on ne vit pas, si on ne rencontre personne, si on n’aime jamais… alors à quoi sert la vie ?
Rigoletto (sombre) : À éviter la souffrance.
Gilda : Aimer, même si c’est impossible, même si c’est dangereux… n’est-ce pas mieux que de ne jamais aimer ?
Le Duc : Voilà une philosophie qui me plaît !
Rigoletto : Bien sûr que ça vous plaît. Vous, vous survivez toujours à la fin.
Gilda (doucement) : Peut-être que l’amour n’est pas fait pour survivre… Peut-être qu’il est fait pour nous transformer.
Rigoletto : L’amour détruit.
Gilda : Non, père. Il révèle.
Le Duc : Et parfois, il amuse.
Rigoletto : Et parfois, il tue.
(Un silence plus lourd.)
Rigoletto : Un jour, j’ai ri d’un vieil homme à qui l’on arrachait sa fille. Il m’a maudit. Je me suis moqué de lui. Je pensais que la malédiction n’existait que dans les histoires. Mais à Mantoue, les histoires finissent toujours mal.
Le Duc : Vous êtes superstitieux maintenant ?
Rigoletto : Disons que j’ai rencontré un homme qui tue pour de l’argent et que j’ai compris en le regardant que nous faisions le même métier, lui et moi. Lui tue avec une dague, moi avec des mots.
Gilda : Père…
Rigoletto : Je voulais me venger du monde. Mais on ne se venge jamais du monde sans se perdre soi-même.
Gilda : Alors nous sommes tous prisonniers de quelque chose : vous, père, de votre peur ; vous, Duc, de votre désir ; et moi… de mon amour.
Le Duc : Voilà qui ferait un excellent opéra.
Rigoletto : Oui. Une histoire où personne ne peut être heureux, parce que chacun aime mal, aime trop, ou aime seul.
Gilda : Donc… une histoire d’amour impossible.
Rigoletto : Exactement. Et ce sont toujours les innocents qui en paient le prix.
Le Duc (haussant les épaules) : C’est la vie.
Rigoletto : Non, Monseigneur. C’est Verdi.
© L'estremità di una via cecia. Rigoletto. Archivio Storico Ricordi