Jonathan Tetelman
La voix de Jonathan Tetelman a été décrite par le prestigieux quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung comme « d’une euphonie intense et irrésistible, solidement ancrée dans des graves chaleureux, ample et charnue, tout en demeurant admirablement élégante et souple ».
Né en 1988 au Chili, Jonathan Tetelman a été adopté aux États-Unis alors qu’il était nourrisson et a grandi dans le New Jersey. Il débute sa formation de chanteur lyrique en tant que baryton à la Manhattan School of Music, avant d’évoluer vers la tessiture de ténor à la Mannes School of Music. Cette évolution vocale et artistique l’inscrit dans une lignée impressionnante de prédécesseurs légendaires tels que Ramón Vinay, Carlo Bergonzi, James King et Plácido Domingo dont il partage également le tempérament captivant et l’allure charismatique.
Tout porte à croire qu’il est promis à une longue et brillante carrière de ténor spinto. Et de fait, en à peine une décennie depuis ses débuts dans La bohème de Puccini au Festival de Tanglewood en 2018 puis ses premières apparitions européennes dans le même rôle, Jonathan Tetelman s’est imposé comme le ténor de référence pour incarner les jeunes amants passionnés chez Puccini, Verdi et les compositeurs du vérisme.
Francesco Paolo Tosti (1846-1916)
« Ideale »
« A vucchella »
ERNESTO DE CURTIS (1875 – 1937)
« Tu ca nun chiagne »
Ruggero Leoncavallo (1857-1919)
« Mattinata »
GIACOMO PUCCINI (1858 – 1924)
La bohème
« Quando me’n vo’ » (« La Valse de Musetta ») (piano solo)
La rondine
« Parigi! E’ la città dei desideri »
Tosca
« Scrivete… E lucevan le stelle »
Entracte
Giuseppe Verdi (1813-1901)
Aida
« Celeste Aida »
La forza del destino
« La vita è inferno… O tu che in seno agli angeli »
Ernesto lecuona (1895-1963)
« Malagueña » (piano solo)
Consuelo Velázquez (1916-2005)
« Bésame mucho »
Pablo Sorozábal (1897-1988)
La taberna del puerto
« No puede ser »
Programme susceptible de modifications
Cinq anecdotes à découvrir avant le lever de rideau
1
Comment Jonathan Tetelman est-il arrivé sur l’avant-scène de l’opéra mondial ? Pendant l’été 2018, Roberto Alagna devait chanter Lohengrin à Bayreuth, mais il fut remplacé au pied levé par Piotr Beczala, qui laissa donc la place libre pour un Rodolfo dans La bohème au festival de Tanglewood. Tetelman, alors totalement inconnu, n’avait chanté La bohème qu’en anglais pour une production locale dans une école primaire avec un orchestre d’harmonie, mais un programmateur bien inspiré appela son agent pour lui proposer de prendre le rôle – ledit programmateur avait vu une vidéo de lui en Chine et cela sembla convaincant. Le reste est connu : un succès total, suivi immédiatement de dizaines d’autres engagements. Tout autant à l’aise sur les planches de l’opéra, en récital avec orchestre, avec piano ou même accompagné par une simple guitare, Tetelman cherche passionnément à élargir l’auditoire lyrique à de nouveaux aficionados. Ses concerts couvrent donc certes tout le royaume lyrique, mais aussi le répertoire latino-américain, les chansons napolitaines, le cabaret, une sorte de panorama tous azimuts qui part du principe que le beau chant devrait être à la fois impeccable artistiquement, mais aussi accessible au plus grand nombre.
2
La Vie en rose n’est pas à proprement parler une chanson composée par La môme Piaf : elle n’en a écrit que les paroles initiales, légèrement remaniées peu après ; l’original – conservé sur un manuscrit autographe qu’elle avait offert à Yves Montand – se lit : « Mais s'il me prends [sic] dans ses bras Moi j'vois des trucs en rose », devenu « Quand il me prend dans ses bras Je vois la vie en rose ». La musique, elle, est de Louis Guigliemi dit Louiguy, l’accompagnateur en titre d’Edith Piaf, qui devint certes célèbre grâce à cette chanson mais qui préféra poursuivre une carrière de compositeur de musique de films, en particulier pour Sacha Guitry. Chose singulière, le premier enregistrement de La Vie en rose n’a pas été réalisé par Edith Piaf mais en 1946 par son amie la chansonnière Marianne Michel.
3
Bésame mucho se traduit par « Embrasse-moi beaucoup » : c’est là une chanson rapidement devenue célèbre, écrite en 1932 par la pianiste mexicaine Consuelo Velázquez, de sorte qu’en 1999 elle fut même déclarée « une des chansons hispanophones la plus enregistrée et reprise », voire « la plus enregistrée de tous les temps » par des chroniqueurs toujours en quête de superlatifs. On peut l’entendre dans des versions des Beatles, de Dalida, de Mireille Mathieu, de Charles Aznavour, et dans des conceptions plus jazzy signées Louis Armstrong, Stan Getz, Frank Sinatra, Joséphine Baker et des dizaines d’autres. C’est ici dans la conception d’origine que nous l’offre Jonathan Tetelman.
4
Francesco Paolo Tosti (1846-1916) composa quelque cinq cents « romances de salon », célèbres surtout à la Belle Époque. Sa carrière commença en Italie où il devint le maître de chant de la reine Marguerite de Savoie, puis en Grande-Bretagne à partir de 1875, où il fut nommé singing-master de la famille royale. Tous les plus fameux chanteurs du XXe et même du XXIe siècle ont abordé de près ou de loin ce répertoire. Si bon nombre de ses romances mettent en musique le dialecte napolitain, ce n’est pas là une niche dans laquelle Tosti se laissa jamais enfermer, et on lui doit également plusieurs ouvrages beaucoup plus « sérieux » ; certes, de nos jours, Tosti appartient plutôt au royaume des pièces de salon à l’italienne. « L’alba separa dalla luce l’ombra » fut défendue avec ardeur par rien moins que le grand Caruso, tandis que Ideale avait été enregistré en 1902 par le seul castrat dont il nous soit parvenu un témoignage sonore, Alessandro Moreschi, soliste papal à la Chapelle Sixtine.
5
Carlos Gardel, né Charles Romuald Gardès à Toulouse (ou en Uruguay, la polémique fait rage de part et d’autre de l’Océan), installé avec sa famille à Buenos Aires dès l’âge de deux ans, est l’artiste qui a donné toutes ses lettres de noblesse au tango argentin en le faisant entrer dans le panthéon des grandes salles de concert, ainsi qu’à Broadway et à Hollywood. La chanson El día que me quieras a été créée pour le film éponyme, réalisé en 1935 ; on a pu entendre le morceau dans des versions signées Plácido Domingo, José Carreras, Juan Diego Florez ou encore Alfredo Kraus, preuve que le monde de l’opéra ne néglige pas cette forme musicale. Le film est d’ailleurs le tout dernier tourné par Gardel, qui devait disparaître dans un accident d’avion deux mois avant la sortie sur les écrans en août 1935.