Verdi Il trovatore
mardi 24 mars 2026 - 20 h (Gala)
jeudi 26 mars 2026 - 20 h
1ère partie : 1h10 | Entracte : 25min | 2ème partie : 1h05
Dramma en quatre parties
Musique de Giuseppe Verdi (1813-1901)
Livret de Salvatore Cammarano, complété par Leone Emmanuele Bardare, d’après le drame El Trovador d’Antonio García Gutiérrez
Création : Rome, Teatro Apollo, 19 janvier 1853
Production de l’Opéra de Monte-Carlo,
en coproduction avec le Teatro Real de Madrid et le Royal Danish Opera
Les Italiens appellent Rigoletto, La traviata et Il trovatore la « trilogia popolare», un incontournable pour les amateurs d’opéra. Ces drames témoignent de la passion que Verdi avait pour la littérature de son temps – Victor Hugo, Alexandre Dumas fils, le dramaturge espagnol Antonio García Gutiérrez – et de sa fascination pour les personnages en marge de la société. Le bouffon difforme Rigoletto, la courtisane Violetta Valéry et la gitane Azucena étaient perçus à l’époque comme des personnages impropres à occuper des premiers rôles, surtout lorsqu’il s’agissait de susciter la sympathie du public.
Il trovatore est parfois considéré comme une suite de magnifiques airs à succès mais dont l’histoire est totalement incompréhensible. Mais, à y regarder de plus près, c’est en réalité assez simple : deux hommes se disputent l’amour d’une femme noble. L’un est comte, l’autre soldat gitan, mais, une fois la plupart des personnages principaux morts, il s’avère que ce dernier était en fait le frère du comte, qu’on croyait disparu depuis toujours.
La juxtaposition des personnages féminins est remarquable : d’un côté, l’innocent objet de tous les désirs, Leonora, qui tente d’échapper à sa situation de la seule manière possible pour une jeune fille de son rang : le monastère ou le suicide. De l’autre, Azucena est un magnifique portrait de femme mûre, consumée de l’intérieur par ses passions et souvent au bord du désespoir.
ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE MONTE-CARLO
Acte I – Le duel
Dans l’Aljafería, palais d’Aragon
Sous les voûtes sombres du palais, Ferrando, capitaine de la garde du Comte de Luna, fait part de la jalousie de son maître qui rôde chaque nuit sous les fenêtres de Leonora, dont il est épris et qu’il imagine sensible au charme de son rival, un trouvère. Afin de maintenir les troupes éveillées, Ferrando ravive alors une légende terrible : autrefois, une bohémienne accusée d’avoir ensorcelé le jeune frère du Comte fut brûlée vive. Pour la venger, sa fille Azucena enleva l’enfant. Des ossements d’enfant furent retrouvés dans les cendres… mais le père ne cessa jamais de le croire vivant et exhorta son fils aîné, le Comte de Luna, de continuer inlassablement les recherches de son frère.
Dans les jardins du palais, Leonora confie à sa suivante Inès l’amour ardent qu’elle a jadis voué à un mystérieux chevalier, vainqueur d’un tournoi. Quelques années plus tard, Leonora a réalisé que le trouvère, Manrico, qui chante sous ses fenêtres, n’est autre que ce même guerrier valeureux. Inès somme sa maîtresse de renoncer à cet amour qu’elle pressent de mauvais augure.
Une fois la nuit tombée, le comte, rôdant toujours près des appartements de Leonora, entend le chant du trouvère. Leonora, sensible à cette musique, descend dans les jardins. Mais la nuit prête à confusion : trompée par l’obscurité, elle se jette dans les bras du Comte avant de reconnaître son véritable amant. L’humiliation attise la haine du Comte qui reconnait en Manrico un rival amoureux mais également un ennemi politique. Les hommes se battent alors en duel.
Acte II – La gitane
Dans un campement de bohémiens au pied des montagnes
Autour des enclumes et des flammes, les gitans célèbrent le jour naissant. Azucena demeure prisonnière de ses visions et revoit le bûcher où périt sa propre mère. Elle raconte à Manrico son geste insensé : pour venger cette mort, elle enleva le fils du Comte afin de le jeter au feu mais, dans la confusion, sacrifia son propre enfant. L’enfant du Comte survécut donc. Manrico écoute, troublé, sans saisir encore toute la portée de cet aveu. Il se demande s’il est réellement le fils d’Azucena mais cette dernière le rassure et lui rappelle de n’avoir aucun remord face au Comte de Luna.
Un messager arrive et annonce que Leonora, croyant Manrico mort après son duel, s’apprête à entrer au couvent. Malgré ses blessures et les supplications d’Azucena, Manrico accourt.
Le Comte de Luna, toujours obsédé, tente d’enlever Leonora du couvent alors que celle-ci s’apprête à prononcer ses vœux. Mais Manrico surgit et remporte le combat, partant ainsi avec sa dulcinée. L’affrontement entre les deux hommes s’est radicalisé : désormais, c’est la guerre.
Acte III – Le fils de la gitane
Dans le camp du Comte de Luna devant la forteresse de Castellor
Les troupes du Comte assiègent la forteresse où se sont réfugiés Manrico et Leonora. Ferrando capture une bohémienne errante pour la livrer au Comte. Reconnaissant en elle la fille de la sorcière jadis condamnée, de Luna comprend qu’il tient enfin un moyen de pression redoutable. La mère de son ennemi lui permettra d’assouvir une double vengeance : celle de son petit frère assassiné et de son amour volé par le trouvère.
Alors que Manrico et Leonora s’apprêtent à s’unir en secret, la nouvelle tombe : Azucena sera brûlée vive. Manrico renonce au bonheur et part à son secours. L’amour cède devant le devoir filial et la vengeance.
Acte IV – L’exécution
Dans le palais d’Aljafería
Leonora erre près de la tour où Manrico et Azucena sont désormais emprisonnés. Du fond du donjon montent une prière et la voix du trouvère. Résolue à le sauver, elle implore le Comte et lui propose de s’offrir à lui en échange de la vie de Manrico. Mais, avant d’annoncer elle-même à Manrico qu’il sera libéré, elle scelle secrètement son sacrifice en avalant un poison.
Dans la prison, Manrico tente de rassurer Azucena, hantée par le souvenir du bûcher. Leonora paraît et annonce leur liberté mais Manrico comprend qu’elle ne s’enfuira pas avec lui. Croyant alors à une trahison, il la repousse avant de comprendre, trop tard, le sacrifice qu’elle a fait.
Le Comte, découvrant qu’il a été trompé, ordonne l’exécution immédiate de son rival dans les bras duquel meurt Leonora.
Une fois la sentence exécutée, Azucena révèle l’ultime vérité : Manrico était le frère que le Comte de Luna cherchait depuis l’enfance.
La vengeance est accomplie, ne laissant derrière elle que ruine et silence.
Cinq anecdotes à découvrir avant le lever de rideau
1
Giuseppe Verdi s’impliqua personnellement dans l’élaboration du livret d’Il trovatore. Inspirée du drame espagnol El trovador d’Antonio García Gutiérrez, l’œuvre fut confiée au librettiste Salvadore Cammarano. Mais la mort soudaine de ce dernier, en 1852, interrompit le travail. Verdi refusa d’abandonner le projet : il imposa ses choix dramatiques, exigea des remaniements, veilla à la cohérence des scènes clés. Rarement un compositeur aura exercé un contrôle aussi direct sur la structure théâtrale de son opéra.
2
À rebours des héroïnes nobles et sacrificielles de l’opéra romantique, Azucena est une figure âpre, obsédée par la vengeance et hantée par le souvenir du bûcher. En plaçant au centre de l’intrigue une bohémienne, Verdi rompt avec les conventions sociales et morales de son temps.
3
Créé en 1853 au Teatro Apollo de Rome, Il trovatore voit le jour dans une Italie encore morcelée où le climat politique est tendu. Les thèmes de vengeance, de guerre civile et de fidélité aux serments résonnent avec les aspirations du Risorgimento. La nation, et plus particulièrement le public romain, alors en quête d’unité réserve à l’œuvre un triomphe immédiat.
4
Au milieu du XXe siècle, Il trovatore connaît une profonde relecture dramatique grâce à Maria Callas qui marque l’histoire de l’œuvre en incarnant Leonora, notamment en 1956 à La Scala.
Par son engagement dramatique et sa conception profondément théâtrale du chant, la figure de Leonora ne se limite alors plus à une héroïne élégiaque et virtuose : Callas en fait un personnage tragique, habité par des contradictions intérieures et doté d’une intensité psychologique rare.
5
Il trovatore a connu plusieurs adaptations cinématographiques dès le milieu du XXe siècle. En 1949, le réalisateur italien Carmine Gallone en signe une version filmée avec Gino Sinimberghi, dans la grande tradition du mélodrame lyrique italien.
MAÎTRES D’ŒUVRE
Direction musicale
Giacomo Sagripanti
Mise en scène
Francisco Negrin
Décors et costumes
Louis Désiré
Lumières
Bruno Poet
Chef de chœur
Stefano Visconti
Chef de chant
David Zobel
Assistant à la mise en scène
Jean-Michel Criqui
Assistant aux lumières
Robert Butler
Assistant aux costumes
Nicolo Cristiano
SOLISTES
Le Comte de Luna
Artur Rucinski
Leonora
Alexandra Marcellier
Azucena
Varduhi Abrahamyan
Manrico
Piero Pretti
Ferrando
Evgeny Stavinsky
Inès
Annunziata Vestri
Ruiz
Reinaldo Macias
Le Messager
Benoit Gunalons
Mère d'Azucena
Morena di Vico
ENFANTS
Mathilda ACELLA NEGREVERGNE
Mathilde DELFINO
Raphaël DUCLOY
Joseph GRANGIE
Rosa PATEL
Serena POGGI
FIGURATION
Adrian CEROU
Guillaume GALLO MANRIQUE
Pierre LEPAGE
Nicolas LEROY
Nicolas VITALE
CHŒUR DE L’OPÉRA DE MONTE-CARLO
Chef de chœur
Stefano Visconti
Consultant pour l’organisation musicale & assistant chef de chœur
Aurelio Scotto
Régisseuse du chœur & bibliothécaire
Colette Audat
Sopranos I
Galia BAKALOV
Antonella CESARIO
Chiara IAIA
Emilia Illiano*
Giovanna MINNITI
Felicity MURPHY
Ronja Weyhenmeyer
Sopranos II
Rossella ANTONACCI
Ingrida Gapova*
VITTORIA GIACOBAZZI
Valérie MARRET
Letizia PIANIGIANI
Laura Maria ROMO CONTRERAS
Mezzo-sopranos
Pauline Descamps Silve*
Carlo Mattioli
Suma MELLANO
Laura Phelut*
Federica SPATOLA
Altos
Tina Chikvinidze*
Maria Carmen Ciuffreda
ORNELLA CORVI
Maria-Elisabetta DE GIORGI
Catia PIZZI
Rosa TORTORA
Ténors I
Walter BARBARIA
Francis Joseph Biyong Nguene
Lorenzo CALTAGIRONE
Vincenzo DI NOCERA
Thierry DIMEO
Caio Duran Previatti*
Nicolo LA FARCIOLA
Maximiliano Silvera*
Ténors II
Andrea Civetta
Jinhan Kim*
Sergio Martella*
Fabio MARZI
Manuel Murabito
Michele Pinto*
Adolfo SCOTTO DI LUZIO
Salvatore TAIELLO
Barytons
Przemyslaw Baranek
Jean-François Baron*
Fabio BONAVITA
Giulio Ceccarelli
Vincenzo CRISTOFOLI
Rosario Grauso*
Armando Napoletano*
Basses
Stefano Arnaudo
Daniele Del Bue
Stephen Fort*
Antoine Pluche*
Edgardo RINALDI
Matthew THISTLETON
Giuseppe Zema
*choristes supplémentaires pour les représentations d'Il trovatore
ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE MONTE-CARLO
Directeur artistique et musical
KAZUKI YAMADA
Régisseur Général
Frédéric Vitteaud
Régisseur
Samantha Raymondis
Régisseur technique
Patrick Pastor
Techniciens de scène
Jean-Marie Pastor
Mathieu Dubourg
Bibliothécaires
Orianne Planquart
Célia Giaccardi
Premiers violons
David Lefèvre (supersoliste)
Liza Kerob (supersoliste)
Sibylle Duchesne
Ilyoung Chae
Diana Mykhalevych
Mitchell Huang
Thierry Bautz
Isabelle Josso
Morgan Bodinaud
Milena Legourska
Jae-Eun Lee
Adela Urcan
Evgeny Makhtin
Rennosuke Fukuda
Andry Richaud
Cécile Subirana
NN
Seconds violons
Peter Szüts
Nicolas Delclaud
Dimitri Isakov
Frédéric Gheorghiu
Nicolas Slusznis
Alexandre Guerchovitch
Gian Battista Ermacora
Laetitia Abraham
Katalin Szüts-Lukacs
Eric Thoreux
Raluca Hood-Marinescu
Andriy Ostapchuk
Sofija Radic
Hubert Touzery
Altos
François Méreaux
Federico Andres Hood
François Duchesne
Charles Lockie
Mireille Wojciechowski
Sofia Timofeeva
Tristan Dely
Raphaël Chazal
Ying Xiong
Thomas Bouzy
Ruggero Mastrolorenzi
Sophie Mouson
Violoncelles
Thierry Amadi
Delphine Perrone
Alexandre Fougeroux
Florence Riquet
Bruno Posadas
Thomas Ducloy
Patrick Bautz
Florence Leblond
Thibault Leroy
Caroline Roeland
Contrebasses
Matthias Bensmana
Tarik Bahous
NN
Mariana Vouytcheva
Jenny Boulanger
Sylvain Rastoul
Eric Chapelle
Dorian Marcel
Flûtes
Anne Maugue
Raphaëlle Truchot Barraya
Delphine Hueber
Piccolo
Malcy Gouget
Hautbois & cor anglais
Matthieu Bloch
Matthieu Petitjean
Martin Lefèvre
Ho Ting Tsui
Clarinettes
Marie-B. Barrière-Bilote
Véronique Audard
Petite clarinette
Diana Sampaio
Clarinette basse
Augustin Carles
Bassons
Arthur Menrath
Jules Postel
Michel Mugot
Contrebasson
Frédéric Chasline
Cors
Patrick Peignier
Andrea Cesari
Didier Favre
Bertrand Raquet
Laurent Beth
David Pauvert
Trompettes
Matthias Persson
Gérald Rolland
Samuel Tupin
Rémy Labarthe
Trombones
Jean-Yves Monier
Gilles Gonneau
Ludovic Milhiet
Tuba
Florian Wielgosik
Timbales & Percussions
Julien Bourgeois
Mathieu Draux
Antoine Lardeau
Noé Ferro
Harpe
Sophia Steckeler
PERSONNEL DE SCENE
Directeur technique
Olivier Perin
Directeur de scène
Xavier Laforge
Régisseur principal
Elisabetta Acella
Régisseur de scène
Jérôme Chabreyrie
Régisseurs lumières
Enza d’Auria
Léa Smith
Régisseur sur-titrage
Sarah Caussé
Régisseur enfants
Laëtitia Estiot
Chefs machinistes
Olivier Kinoo
Yann Moreau
Chefs d’équipe machinistes
Stephane Gualde
Franck SATIZELLE
Machiniste décorateur
Laurent Barcelo
Machiniste serrurier
Schama Imbert
Pupitreurs machinerie
Samuel Charieras
Jean-Philippe Faraut
David M‘Bappé
Machinistes de spectacle
Francomarah AUGUSTIN
Heathcliff BONNET
Jean François CHOPIN
Morgan DUBOUIL
Khalid NEGRAOUI
Scott TASSONE
Camille TAULELLE
Chef électricien et vidéo
Benoît Vigan
Chef électricien adjoint
Gaël Le Maux
Chef électricien adjoint
Nicolas Alcaraz
Pupitreurs lumières
Grégory Masse
Marie-Louise Suaud
Chef audiovisuel adjoint
Felipe Manrique
Technicien audiovisuel
Matteo Gesta
Electriciens de spectacle
Guillaume BREMOND
Thibault CALIGARIS
Grégory CAMPANELLA
Florian CAPELLO
Ludovic DRUIT
Marine GENNA COSTA
Romain LA BARBERA
Chef accessoiriste
Audrey Moravec
Chef accessoiriste adjoint
Franck Escobar
Accessoiristes
Landry BASILE
Roland BIREN
Emilie JEDWAB-WROCLAWSKI
Chef costumière-habilleuse
Eliane Mezzanotte
Chef costumière-habilleuse adjointe
Emilie Bouneau
Chef Habilleuse adjointe
Véronique TETU
Couturiers habilleurs
Roxane AVELLO
Christian CALVIERA
Florence CHAPUIS RINALDINO
Sandrine DUBOIS
Edwige GALLI
Karinne MARTIN
Stéphanie PUTEGNAT
Lauriane SENET
Chef perruquière-maquilleuse
Déborah Nelson
Chef maquilleuse adjointe
Alicia Bovis
Coiffeuses
Corinne PAULÉ
Marilyn RIEUL
Maquilleurs
Sophie KILIAN TERRIEN
Agnès LOZANO
Francine RICHARD
Billetterie
Responsable billetterie
Virginie Hautot
Responsable adjointe billetterie
Jenna Brethenoux
Service billetterie
Ambre Gaillard
Dima Khabout
Assmaa Moussalli
Dans le donjon du château d’Aljafería, à Saragosse. Le troubadour et valeureux soldat Manrico a été fait prisonnier par le comte de Luna, son ennemi politique féroce, qui utilise la violence et le chantage pour séduire la fiancée de Manrico, Leonora. Manrico s’est endormi, tandis que Leonora entre. Elle trouve Azucena dans un état de torpeur, le regard dans le vide.
Azucena (murmurant pour elle-même) : L’Histoire se répète : il y a des années, ma mère fut brûlée vive par le père du comte de Luna pour avoir voulu regarder l’avenir de son fils nouveau-né. C’est pourquoi le comte, frère aîné de l’enfant, veut se venger sur moi. Il me jettera au bûcher dans quelques heures, tandis que je vois défiler devant moi toutes les images du passé et de l’avenir !
Leonora (chuchotant) : Azucena, je suis venue dire à Manrico qu’il sera libéré. J’ai promis d’épouser le comte de Luna s’il libère d’abord Manrico. Mais j’ai pris du poison et je mourrai avant que ce mariage ne puisse être consommé – Manrico est et restera mon seul véritable mari !
Azucena (irritée) : Une fois de plus, une femme innocente abandonne ses rêves et sacrifie sa vie pour sauver son homme…
Leonora : Mais n’est-ce pas ce que nous apprennent les anciens mythes et récits qui imprègnent notre culture occidentale ? Ils sont principalement écrits par des hommes…
Azucena : Heureusement, des gens comme Verdi et Wagner commencent à introduire, dans leurs œuvres, de nouvelles images féminines. D’accord, ce sont toujours des femmes pures et soumises comme toi qui se sacrifient pour sauver leur mari; mais ici, avec moi, n’es-tu pas mise en contraste avec une femme plus forte, plus indépendante, sexuellement plus séduisante…?
Leonora : Oui… La société évolue et nos spectateurs aussi… Mais en parlant de Verdi, il est surprenant qu’il choisisse une gitane comme personnage principal et qu’il nous la rende si sympathique, peut-être même plus que les autres.
Azucena : Absolument. Et ma musique est bien différente de la tienne – elle est emprunte de rythmes forts et répétitifs, avec une brutalité dans les lignes vocales, et des nuances de sauvagerie et d’hystérie. On entend aussi constamment les flammes du feu qui torturent mon esprit…
Leonora : J’entends dire que notre histoire est incompréhensible, le penses-tu aussi ?
Azucena : Je conseillerais aux gens de lire le livret original, plutôt qu’un simple résumé. Tout s’y déroule logiquement, étape par étape. La composition est bien plus épisodique que linéaire, d’ailleurs elle est assez moderne. Comme un film expérimental…
Il trovatore est une histoire de fantômes, un thriller noir qui raconte comment les spectres de notre besoin de vengeance (pour Azucena), de nos regrets (pour Manrico), de nos désirs inassouvis (pour Luna), nous enferment et nous tuent.
Il trovatore c’est le poids du passé, de ce passé qui nous hante, ce passé qui détruit toute possibilité de présent, de futur ou d’amour.
Seule Léonora, comme la Leonora de Fidelio, comprend que l’amour et le présent sont l’unique voie à suivre et elle aide Manrico à l’accompagner, mais Azucena, hantée par sa mère et son fils brulés vifs, est le conduit par lequel le passé tend son filet de feu et vient les consumer.
Les erreurs que nous commettons en refusant de vivre notre présent librement, se répètent comme les refrains des balades des trouvères.
Francisco NEGRIN
metteur en scène